La Quinzaine Littéraire · 16 décembre 1993 · LA PLUIE D'ÉTÉ

La Quinzaine Littéraire · 16 décembre 1993 · LA PLUIE D'ÉTÉ
La Pluie d'Été d'Éric Vigner : une vraie fidélité au texte
Presse nationale
Critique
Monique Le Roux
16 Déc 1993
La Quinzaine Littéraire
Langue: Français
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La Quinzaine Littéraire

16 décembre 1993 · Monique Le Roux

L'Eenfant de la banlieue

Comme à son habitude Marguerite Duras semblait elle-même avoir donné toutes les versions de l'histoire d'Ernesto, l'enfant de Vitry ; pourtant le jeune metteur en scène Éric Vigner a réussi à partir de La Pluie d'été, et dans une vraie fidélité au texte, à faire oeuvre personnelle, avec son spectacle actuellement présenté au Théâtre de la Commune Pandora d'Aubervilliers.

À l'origine il y a une phrase et un lieu. La phrase est celle trouvée dans un album pour enfants et transmise à Marguerite Duras : "Je ne retournerai plus jamais à l'école, parce qu'à l'école on m'apprend des choses que je ne sais pas". Le lieu est cette banlieue parisienne de Vitry où Marguerite Duras a fait "une quinzaine de voyages" et dont elle a ramené intacts des noms et des choses : "C'est le lieu le moins littéraire que l'on puisse imaginer, le moins défini. Je l'ai donc inventé. Mais j'ai gardé le nom des musiciens, celui des rues. J'ai aussi gardé la casa des parents. J'oublie : la Seine, je l'ai gardée. J'oublie encore ; l'arbre est là. J'oublie encore : les noms des enfants je ne les ai pas inventés. Ni l'histoire d'amour qui court tout le long du livre. J'oublie aussi : le port s'appelle vraiment le Port-à-l'Anglais. La Nationale 7 est la Nationale 7. L'école s'appelle vraiment l'école Blaise Pascal."

La phrase a donné naissance à un conte pour enfants : Ah ! Ernesto, puis à un film : Les Enfants, puis à un livre : La Pluie d'été. Éric Vigner, ancien élève au Conservatoire d'Art dramatique, y a animé en début d'année un atelier qui a débouché sur une première présentation de La Pluie d'été. A la rentrée il a séjourné en résidence au Centre dramatique et chorégraphique de Brest, le Quartz dirigé par Jacques Blanc, pour créer son spectacle dans un ancien cinéma de faubourg, le Stella à Lambézellec. Et après des étapes à Quimper, à Caen, il a retrouvé à Aubervilliers Brigitte Jacques qui l'avait mis en scène à plusieurs reprises et qui est maintenant à la tete, avec François Regnault, du Théâtre de la Commune Pandora.

De Vitry à Lambézellec et de Lambézellec à Aubervilliers s'est donc poursuivie l'histoire de l'enfant Ernesto, qui a entre douze et vingt ans, vit avec ses nombreux "brothers et sisters" dans la "casa" de parents venni l'un d'Italie, l'autre d'Ukraine, manifeste un net refus de l'école mais non du savoir, et aime d'amour sa soeur Jeanne. Que cette évocation d'une famille d'immigrés en banlieue sur le mode inimitable et si imité de Marguerite Duras ait convaincu ou non à la sortie du livre, elle semblait exclure toute incarnation des personnages autre que celle imaginée par l'auteur elle-même dans son films Les Enfants. Et pourtant avec ses dialogues et ses didascalies elle constituait un piège tentant pour les adeptes d'adaptations théâtrales... - Éric Vigner, lui, s'est confronté au texte tout entier et il en donne une lecture - presque intégrale - mais une lecture qui relève de la mise en scène la plus élaborée. La représentation commence par la parole de Marguerite Duras, la dédicace qui commente les origines.