Ouest France · 11 juin 1997 · COMMENT CELA SE FAIT-IL ?

Ouest France · 11 juin 1997 · COMMENT CELA SE FAIT-IL ?
La mémoire: fil conducteur de cette journée
Presse régionale
Critique
M.T.
11 Juin 1997
Ouest France
Langue: Français
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Ouest France

11 juin 1997 · M.T.

Avec VIGNER, après-midi à la campagne

Rétrospective du metteur en scène lorientais, samedi à Kerguéhennec

C'était pensé comme un après-midi à la campagne. Samedi, ÉRIC VIGNER, directeur du théâtre de Lorient, a présenté un panorama de son travail de metteur en scène, au Centre d'art contemporain de Kerguehennec en Bignan. Avec quelques compagnons de route pour encadrer l'itinéraire.

"Je crois que tout commence par l'amour, lance ANATOLI VASSILIEV, un des plus grands metteurs en scène russe, invité d'honneur d'ÉRIC VIGNER, samedi à Kerguéhennec. L'amour de l'art dramatique. Mais, pour que l'artiste devienne adulte, il faut que l'amour du théâtre passe, qu'il meurt et qu'il renaisse. Alors l'acteur murit comme un artiste. Si un homme de création ne passe pas cette étape, il ne deviendra jamais artiste de théâtre. Il restera amateur de théâtre."

En France, VassilIev, fameux directeur d'acteurs, a monté Le bal masqué à la Comédie française. C'est en 1992 qu'ÉRIC VIGNER l'a rencontré, quand le Russe a ouvert la porte de son école d'art dramatique de Moscou à cinq jeunes metteurs en scène français.

Des bouts d'oeuvres

Cinq ans après, VASSILIEV répondait donc à l'invitation du directeur du théâtre de Lorient-Centre dramatique de Bretagne, dans le cadre de cette journée-rétrospective VIGNER, soutenue par l'Académie expérimentale des théâtres.

Le lieu, le Centre d'art contemporain de Kerguéhennec, n'était pas innocent. La question de l'art était au coeur de cette saison de théâtre d'ÉRIC VIGNER, notamment avec la création Brancusi contre États-Unis, axée autour de l'interrogation : qu'est-ce qu'une oeuvre d'art ? Dans le château du domaine de Kerguéhennec, des oeuvres d'arts cotoyaient ainsi des livres, objets et vidéos retraçant les mises en scène d'ÉRIC VIGNER.

La mémoire était le fil conducteur de cette journée, commencée avec l'arrivée des "Parisiens" en car. Eux, sont plutôt les témoins des années de carrière hors-Lorient. Comme dans un mariage, ils ont suivi, avec les "Bretons", la procession de la centaine d'invités, à travers champs. D'abord, jusqu'à un pan de mur sur le sommet duquel un comédien est apparu, pour se lancer habilement dans la lecture de l'introduction de "La maison d'os"de Dubillard, monté par VIGNER en 91.

Plus loin, c'était le cimetière des oeuvres passées d'ÉRIC VIGNER. Champ tondu rectiligne, avec plaque transparente en guise de pierre tombale, et des comédiens qui récitent des bouts d'oeuvres, à répétition. Habile mise en scène, là aussi. Pour le reste, le parc et ses oeuvres contemporaines de plein-air était délicieusement ouvert au soleil et à la flânerie. Presque invisibles, les compères Janvier/Le Moign sonnaient à s'en fendre la gorge des airs vannetais et du pays gallo.